Obèses: à qui la faute? Oui, parlons-en!
23 janvier 2010

Surtaxés, punis pour délit de surpoids. Du délire. Classer les “obèses victimes” et les “obèses coupables”. Horreur! Quel grossier débat!
Air France a récidivé dans sa volonté de faire payer double les obèses! Le problème? Si, si, vous l’avez bien compris: ces derniers occupent deux places et font perdre à la compagnie aérienne “du chiffre”. Seul lot de consolation proposé à ces voyageurs (hors normes?!), ils auraient la possibilité de se faire rembourser le prix de la deuxième place au cas où l’avion ne serait pas plein.
Christophe Barbier directeur de L’Express, loin d’être choqué, est plutôt d’accord avec la position de la compagnie aérienne. Malgré toute l’estime que je lui porte, sur ce coup là, j’avoue que je ne le comprends pas et que je suis en total désaccord avec son édito de la vidéo ci-dessous. Ce débat en soulève un autre: jusqu’à quand va-t-on accepter que les excès du capitalisme dictent les normes de la société ? Je précise: je ne suis pas contre l’économie de marché, mais il faut reconnaître que les logiques capitalistiques punissent ce qu’elles-même ont provoqué. Le développement des comportements addictifs est un mal de la société moderne. L’obésité en est un. Le marketing n’est pas innocent.
Ce n’est pas une question de volonté!
Qui est obèse par choix ou par plaisir? La distinction entre ceux qui sont obèses pour des raisons génétiques et les autres est insupportable. Bien que je ne sois pas spécialiste de la question, il me semble évident que si un obèse ne l’est pas pour des raisons génétiques, il l’est dans bon nombre de cas, parce qu’il souffre de problèmes de boulimie.
En effet, l’obésité s’avère souvent être la conséquence d’un problème d’addiction à la nourriture. Pour d’autres ce sera la drogue, le sexe, l’alcool, le jeu. Bref, pour les obèses, c’est sur, c’est plus visible. Rappelez-vous, Guy Carlier qui parlait de son enfance malheureuse et des conséquences de celle-ci sur ses problèmes de boulimie et d’obésité.
Addictions et stimuli permanents du désir de l’objet de la dépendance
Quite à chercher un responsable, peut-être faudrait-il chercher le problème plus en amont. Sans tomber dans la “déresponsabilisation”, nous sommes entourés de stimuli suscitant nos désirs en tous genres: en matière de sexe et de nourriture entre autres. Quand je travaillais à Matin Plus, j’ai écrit un article sur ces méthodes du marketing qui faisaient appel aux neurosciences cognitives. Le but: étudier l’influence des facteurs congnitifs et émotionnels dans les prises de décision de consommation, d’investissement, d’achat…
Quand le neuromarketing influence l’inconscient
Le travail du neuromarketing ou “neurosciences du consommateur”, consisterait à intervenir dans la décision d’achat. Et le rôle de l’inconscient et de la “prédétermination comportementale” ne seraient pas anodin grâce à ces techniques. S’il ne s’agit pas de manipulation, il s’agit en tous cas d’une hyper stimulation du cerveau, en matière de désir d’achat.
Imaginez alors un peu un alcoolique, qui reçoit toute la journée, une invitation à boire, un verre, puis encore un, et encore un petit dernier. Et pas de la piquette, hein! Non, non! Un château Margaux 1985, gouleyant, suave, goutu, avec du corps. (Cela dit avec la loi Evin ce scénario serait impossible).
Imaginez maintenant un dépendant sexuel qui reçoit toute la journée des messages sexuels: du matin juqu’au soir. Ca commence en voiture, avec un panneau 4X3 avec la leçon n°5 de Aubade. Puis la pub de Wonder Bra “Regardez moi dans les yeux, j’ai dit les yeux”. Et puis ensuite, ce dépendant sexuel enchaine avec une bonne vieille pub Tahiti douche, et tiens, pour terminer, la pub de la main sexy Perrier qui carresse la bouteille jusqu’à ce qu’elle explose… Imaginez un peu le supplice. (Et pas de loi Evin cette fois).
Et bien pour les obèses et les boulimiques , c’est pareil. Avec un point non négligeable: la publicité alimentaire est celle qui générère la plus forte proportion de messages publicitaires sur le support télévisé.
Faire payer un problème d’addiction?!
Je me suis beaucoup intéressée aux problèmes de dépendance et suis allée faire un reportage chez les DASA ” Dépendants Affectifs et Sexuels Anonymes”. Ces groupes appliquent la méthode des 12 étapes des Alcooliques Anonymes (AA). Les outremangeurs anonymes, (les boulimiques) basent eux aussi, leur travail sur le même genre de méthode.
A la différence prêt que si les AA et les DASA préconisent l’abstinance, comment les boulimiques peuvent-ils s’arrêter de manger?
Alors c’est sur, il s’agit de s’éloigner des aliments qui provoquent des crises: mais il s’agit justement de ceux qui sont les plus exposés dans les publicités. Alors, la volonté de s’en sortir? Oui c’est sur il en faut. Mais c’est loin d’être évident. Lorsque Christophe Barbier a pointé du doigt ce manque de volonté, je suis sure que bon nombre d’obèses-boulimiques ont du être profondément blessés…
Et Attention! Je précise: je ne suis pas contre la publicité, ni le marketing! J’adore ça. Moi aussi , je suis une “fille de pub” pour reprendre l’expression de Séguéla. Mais la question mérite d’être posée sur les conséquences qu’elle peut avoir sur les individus fragiles. De la à le leur faire payer. C’est un peu gros. C’est le cas de le dire ![]()


